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Les chroniques d'Alain Daill-Labaye

Les lavandières sont de retour

bergeronnette

On les nomme bergeronnettes parce qu'elles aiment l'eau et qu'elles raffolent des berges des rivières. Bergeronnettes car, grises, printanières ou des ruisseaux, fragiles mais infatigables  ber­gères, elles accompagnent le bétail qui broute dans le pré.
On les appelle lavandières, parce qu'elles élisaient domiciles près des lavoirs et que c'était un plaisir, aux premiers beaux jours, au moment des grandes lessives, de les voir sautiller sur les pierres mouillées et se percher sur la margelle du puits.
On les qualifie de hochequeues, parce qu'elles hochent la queue. On dirait qu'elles battent la mesure. Sans cesse.    
Elles sont de retour. Elles ont passé les mois d'hiver en Afri­que du Nord ou dans les pays de l'Europe méridionale.
En voici deux. Elles ont retrouvé les pâturages humides et verts qu'elles avaient quittés l'année précédente. Aujourd'hui, elles suivent la progression du troupeau comme, autrefois, elles sui­­­vaient le laboureur ou le glaneur. Toujours en alerte, dans l'her­be poudrée de pâquerettes, elles picorent les insectes et les petits invertébrés dérangés par les sabots des vaches.


Rassasiées, elles s'envolent. Elles se dirigent vers le ruisseau. La femelle sautille sur une pierre qui affleure. On dirait qu'elle s'ad­mire dans l'eau qui court. Le mâle a revêtu un plastron noir et blanc. C'est son habit de noces. Il semble inquiet. Agité. Il ne tient pas en place. Il ne supporte pas l'idée qu'un autre mâle pé­nètre sur son territoire. Cela le rend agressif.
La femelle se saisit d'une brindille. Elle prend son essor. Direction la vieille cabane au milieu du champ où, il y a encore peu de temps, on remisait les herses et les outils. Le mâle la suit. Le nid est construit à l'abri des prédateurs, dans un recoin, au-dessus d'une poutre. Six œufs gris reposent dans la mousse douillette. Tout est prêt pour accueillir les enfants. Dans quel­ques jours, six petits becs, grands ouverts, quémanderont leurs bouillies.
Le bonheur est parfait. Pour l'instant. A quelques mètres de là, invisible dans la haie, un coucou fixe de ses yeux perçants l'entrée du cabanon. On le devine qui ricane. Ce sera bientôt son heure.

A.Daill-Labaye